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Actualités

Le déroulement de la crue, jour après jour

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publié le 23 septembre 2016

  Nuit du 23 au 24 septembre 1866 sur la rivière Allier

L’épisode cévenol qui a débuté le 23 septembre au matin avec de fortes précipitations sur le Haut Allier se poursuit et va se généraliser sur l’ensemble du territoire du SPC de l’Allier.
Premiers débordements sur le Haut-Allier à Langogne.
Partout ailleurs, les rivières montent rapidement.

Il tombe 349 mm de pluie entre les 23 et 24 septembre 1866 à Langogne (48), l’observateur écrit dans sa fiche pluviométrique :
Dans la nuit du 23 au 24 grands éclairs et coup de tonnerre, une pluie d’orage commence à 5h du matin sans discontinuité et jusqu’au 25 septembre à 5h du matin. Le 24 à 16h30 éclairs, tonnerre et pluie torrentielle par vent de NO ; le ciel était en feu la durée fut de 3h de temps.

Hyétogramme des pluies à Langogne (48)

Les bulletins de prévision qui seraient émis dans Vigicrues de nos jours :

  Le 24 septembre 1866

Poursuite de l’événement pluvieux commencé le 23 septembre avec des pluies très intenses sur l’ensemble du bassin de l’Allier. Cet événement se cumule avec un épisode océanique qui touche le bassin de la Dore.
Ponts emportés à Monistrol d’Allier et à Pont-du-Château
Bâtiments emportés à Pontgibaud et à Saint-Pourçain
Ligne de chemin de fer coupée entre Moulins et Nevers

Extrait des journaux d’époque :

Le journal « La Haute-Loire » du 27 septembre écrit :

Bulletin lugubre d’un cataclysme sans précédent dans la Haute-Loire, au dire de nos riverains les plus âgés. La grande inondation de 1846 de néfaste mémoire, est elle-même de beaucoup distancée par l’effroyable tempête du 24 septembre.
Les renseignements qui nous parviennent expliquent jusqu’à un certain point la catastrophe. En effet, pendant que sans répit, l’ouragan grondait 48h durant sur les basses terres, les plateaux élevés et dénudés qui, à tous les aspects, nous enserrent comme dans une ceinture granitique, voyaient les éléments se déchaîner sur leur cime avec la même persistance et la même fureur.
Or, pour quiconque jette un regard sur la carte de la contrée, sur ces nombreux cours d’eau, il est facile de se rendre compte des conséquences que devrait inévitablement entraîner une pluie aussi torrentielle que générale dans la région.
Les pertes sont incalculables et la désolation universelle. Aussi, n’est-ce pas sans un profond sentiment de tristesse que nous abordons la funèbre nomenclature des pertes causées à nos populations par le redoutable fléau.

Le pont suspendu de Monistrol d’Allier n’existe plus. Dans cette commune (rive gauche), les flots de l’Allier ont balayé 3 cambuses, dont 2 avec leurs meubles et ustensiles, ainsi qu’un bureau de la compagnie des chemins de fer. Éboulement de plusieurs têtes de tunnels et d’un mur de soutènement de 4,5m de haut sur une longueur de 20m. L’entreprise Gaillard a vu ses remblais entraînés sur un parcours d’environ 2 km. Sur certains points, les eaux ont creusé des fossés de 2m de profondeur.
Que penser des malheurs survenus en amont de Monistrol d’Allier, alors que, dans la journée du 24, les habitants de cette commune ont vu distinctement passer, roulés par vagues, une vache encore attachée à sa mangeoire, un cheval, et des meubles en grand nombre ?

Le Messager de l’Allier du 24 septembre rend compte en ces termes des dommages causés dans ce département par les inondations causées par l’Allier et tous ses affluents :

A la suite d’un vent du midi très chaud et assez violent, qui a soufflé pendant 2 jours un orage a éclaté hier matin sur la ville de Moulins et ses environs : éclairs, tonnerre, averses, rien n’y manquait. Depuis ce moment, une pluie diluvienne n’a cessé de tomber. Les mares, les ruisseaux, tout est plein et déborde déjà.

Le même journal publie les dépêches télégraphiques suivantes :

Issoire, 24 septembre 1866 - 10h00 du matin
Une crue se manifeste dans la rivière Allier. La pluie continue, mais avec moins d’intensité. La hauteur d’eau tombée est de 200 mm en 12 heures.
Une crue de 3,50m est prévisible pour 10h00 du soir.
Dans le Puy-de-Dôme, à Issoire, le 24, à 22h, la crue de l’Allier était à 3,50m.

Gannat, 24 septembre - 11h00 du matin
Hier, dans la soirée, une crue subite s’est manifestée dans l’Andelot et la Sioule. A Gannat, les digues et les perrés ont été rompus sur plusieurs points ; les quartiers bas de la ville sont envahis par les eaux ; on n’a pourtant pas à déplorer d’accidents graves.
A Saint-Pourçain, les dégâts sont plus considérables ; plusieurs petits bâtiments ont été emportés. La crue continuait à 6h du matin. Monsieur le sous-préfet de Gannat s’est rendu sur les lieux.

Saint-Pourçain, 24 septembre 11h00 du matin :
La Sioule est débordée, le faubourg Palhuet est inondé. Le ruisseau Gaduet et la Bouble sont également débordés ; la Sioule ne l’est pas encore de sa jonction avec la Bouble mais le débordement commence. Le niveau actuel est de 2,10m au-dessus de l’étiage. La Sioule augmente toujours. Les habitants de Palhuet ont quitté leurs demeures.

Le Préfet de la Haute-Loire aux préfets de l’Allier et de la Nièvre : Une pluie torrentielle tombe depuis hier soir. La Loire a crû de 4,50m et il y a danger d’inondation pour la Loire et l’Allier.

A Moulins, le lit de l’Allier, presque à sec samedi, est maintenant entièrement couvert et l’eau monte sensiblement. Plusieurs quartiers de la ville sont envahis par les eaux à cause de l’insuffisance des égouts destinés à les recevoir.

Une dépêche parvenue ce matin à Nevers annonçait que la crue, au même étiage, avait atteint 6m et qu’elle restait stationnaire.

Une crue considérable s’est manifestée dans l’Allier. L’échelle du pont, à Pont-du-Château, constatait hier lundi une augmentation d’environ 2m de hauteur. On nous décrit de cette localité que le pont de service de chemin de fer a été emporté et que plusieurs bateaux ont été entraînés et brisés.
La pluie a fait sortir de leurs lits les ruisseaux qui environnent Riom. Les quartiers bas de la ville ont souffert et les rez-de-chaussée des maisons ont été inondés. L’eau a envahi la plaine et les communications ont été interrompues sur plusieurs points.
Les dégâts ont été assez graves à Pontgibaud : la rivière a débordé et le bas de la ville a été inondé. Il y avait 1m d’eau environ dans les maisons. Une buanderie et une maison situées sur le bord de la Sioule ont été emportées.

Le journal d’Indre et Loire du 27 septembre écrit :

Des dépêches de Moulins, en date du 24 septembre au soir, annoncent, dit le Moniteur, que la pluie tombée avec violence le 23 et le 24, a occasionné des inondations et des dégâts sur plusieurs points du département de l’Allier. La rivière d’Allier et plusieurs de ses affluents, ainsi que des affluents du Cher et de la Loire, ont débordé ; mais, jusqu’à présent, aucun accident grave n’est signalé. La voie de chemin de fer de Lyon s’est trouvée coupée sur 2 points par les eaux, entre Moulins et Nevers, ce qui a nécessité l’établissement d’un service de transbordement : les trains venant de Lyon et de Clermont se sont arrêtés cette nuit à St Germain des Fossés par mesure de prudence. A St Pourçain, Gannat, La Palisse et à Montluçon, la Sioule, l’Andelot, la Besbre et l’Aumance ont débordé. A La Palisse, les habitants d’un des faubourgs de la ville ont dû évacuer leurs maisons ; ils ont été recueillis à l’hôpital et chez des particuliers.
Dans le Puy-de-Dôme, une crue est signalée à Issoire.
Dans le département de la Haute-Loire, les dépêches du 24 signalent également des pluies torrentielles.

Le bulletin de prévision qui serait émis dans Vigicrues de nos jours :

  Le 25 septembre 1866

Un important épisode mixte à la fois cévenol et océanique a touché le bassin de l’Allier ces dernières 48h, engendrant de forts cumuls de pluie. Le 25, les pluies cessent complètement excepté quelques averses résiduelles sur la Sioule Amont et les Cévennes.
Dégâts considérables : bâtiments emportés à Langogne, Prades, Saint Julien des Chazes, Langeac, Lavoûte-Chilhac, Villeneuve d’Allier, Crispiat, Cohade
Nombreux ponts emportés : à Langogne, Langeac, Lamothe, Chape, Auzon
Route coupée entre Murat et Massiac, voie ferrée coupée entre Murat et Lempdes, entre Clermont-Ferrand et Issoire

Le journal « La Haute-Loire » du 27 septembre écrit :

À en juger par les dépêches suivantes, nos voisins de Brioude ont eu leur part de malheurs et de ravages dans ces terribles conjonctures.
Nous inscrivons textuellement les télégrammes reçus par M. le Préfet de la Haute-Loire :
Brioude, 25 septembre, 8h du matin
Crue extraordinaire de l’Allier ; les plaines de Brioude, Lamothe et Cohade sont inondées ; plusieurs habitations écroulées à Crispiat et à Cohade.
Brioude, 25 septembre, 8h45 du matin
Le pont de Chape a été emporté.

L’église de Saint-Ferréol de Cohade, située sur un tertre élevé, a servi d’asile provisoire aux victimes de l’inondation.

A Lavoûte Chilhac, 10 à 12 maisons ont disparu. L’Allier a coupé en 2 le bourg de Lavoûte et s’est frayé un passage sur une partie de l’emplacement de la maison habitée par M. de Romeuf, député, qui a eu juste le temps de se réfugier avec sa famille, à la cure communale. La maison et son mobilier ont été balayés par les flots.
Les communications entre les 2 parties du bourg sont interceptées. La population est plongée dans la consternation.

A Lamothe, les eaux ont fait une trouée à travers la plaine. Le remblai qui reliait le grand viaduc de chemin de fer sur l’Allier à la Bajeasse à un autre viaduc à une seule arche sur le bief a été enfoncé et emporté. Les rails sont restés suspendus en l’air.
A Villeneuve d’Allier, plusieurs maisons ont croulé.
L’Allagnon, qui descend de plusieurs rampes du Cantal, avait également débordé. La route impériale n°9 qui longe cette rivière, a été couverte et dégradée par les eaux, qui ont enlevé le pont de bois de Laneau.
Auzon n’a plus de pont. Un grand bâtiment neuf, la verrerie de Grigues, n’est plus que ruines amoncelées.
La voie ferrée, dans le parcours de Murat à Lempdes, a été coupée sur plusieurs ponts. Les diligences vont reprendre ce service.

Nos voisins de Langogne ont eu, de leur côté, des pertes immenses à déplorer. l’inondation a démoli plusieurs maisons ainsi que la majeure partie des bâtiments de l’hospice de cette ville. Tous les ponts sont rompus. Il leur est impossible de communiquer avec Mende et Alais.

Le Journal du Loir et Cher du 26 septembre écrit :

On mande de Moulins, 25 septembre, que dans la journée, l’Allier a atteint dans cette ville le niveau de 4m. D’après des avis du Puy-de-Dôme, cette rivière grossissait encore et atteignait à 7h du soir, la hauteur de 5m à Pont-du-Château, point situé entre Clermont-Ferrand et Issoire ; les communications par chemin de fer étaient interrompues entre ces 2 villes. La pluie a cessé de tomber, dans le Puy-de-Dôme vers la fin de la journée du 25.

Le 25 septembre 1866 à 3h45
Les communications sont interrompues avec le Haut-Allier et très lentes avec la Haute-Loire.

Le 25 septembre 1866 à 18h00
L’Allier grossit encore, il était de 4m à Moulins.

Le 25 septembre 1866 à 22h55
L’Allier a crû à Vichy de 54 cm de 3h à 6h. A Pont-du-Château, la crue s’élevait à 16h40 à 5m, c’est-à-dire 30cm de plus qu’en 1856.

Les ponts de Langeac et de Costet, dont l’entrée a été interdite hier, à 5h du soir, sont enlevés ; 100 maisons de Langeac ont été submergées. A St Julien des Chazes, 17 maisons totalement ou en partie démolies. Jusque-là, aucun accident suivi de mort. Les communications sont interrompues entre Langeac et Lavoûte.

A Cohade 18 maisons sont détruites et plusieurs endommagées
A St Ferréol de Cohade (6km de Brioude), l’inondation atteignait des proportions épiques. 9 maisons et leurs dépendances avaient sombré. Sous les décombres, des hommes, des femmes et des enfants poussaient des cris de détresse à fendre le cœur. Pas un bateau à Cohade pour opérer le sauvetage ! L’héroïque brigade de gendarmerie de Brioude, qui avait passé la nuit entière sur pied, se met incontinent en campagne. A force de recherches et de démarches, ces braves militaires parviennent à mettre la main sur 2 embarcations et sur 3 hommes de bonne volonté qu’ils dirigent en toute hâte vers Cohade. Il était temps ! 20 personnes se trouvaient sous le coup d’un double et éminent péril de mort. Les habitations tombant en ruines, d’une part, et des courants rapides, de l’autre, menaçaient à chaque instant de faire de ces infortunés une épouvantable hécatombe.
Horrible était la situation ! 2m d’eau partout autour des maisons menacées : les rues transformées en torrents et encombrées de murs renversés, de charrettes, de poutres et d’arbres déracinés. Et par-dessus tout cela les appels désespérés de ces malheureux paysans.

La hauteur d’eau de l’Allier, au pont de Moulins, s’élevait hier soir, à 7h ; a 2,38m ; son niveau continuait de croître dans le Haut Allier, où il avait atteint 3m.

Le bulletin de prévision qui serait émis dans Vigicrues de nos jours :

  Le 26 septembre 1866

Retour au temps sec et décrue amorcée
Ponts de Mornay, du Veurdre et de Chazeuil emporté

Le journal de la Nièvre du 27 septembre écrit :

Le maximum de la crue de l’Allier a eu lieu au pont de Moulins ce matin à 9h. Il s’est élevé à 4,94m c’est-à-dire 47cm au-dessus de la crue de 1856. A 11h, le niveau avait baissé de 3cm.

Le journal de la Haute-Loire du 29 septembre écrit :

La partie basse de Gannat a été envahie par les eaux de l’Andelot.
La Bouble et le Gaduet ont également débordé.
A Moulins, le lit de l’Allier était presque entièrement couvert et plusieurs quartiers de cette ville envahie par les eaux qui refluaient par les égouts.
Plusieurs des affluents de l’Allier sont sortis de leurs lits.
Les ponts de Mornay et de Veurdre sur l’Allier étaient emportés.
Dans l’Allier, le pont de Chazeuil a été enlevé.

Dessin du Pont de Chazeuil

Le bulletin de prévision qui serait émis dans Vigicrues de nos jours :

  Le 27 septembre 1866

Poursuite de la décrue et du temps sec
Pont suspendu de Vichy emporté

Le journal du Loir et Cher du 29 septembre écrit :

Les eaux de l’Allier n’étaient plus ce matin 27 qu’à 3m. Les 2 culées du pont suspendu de la seconde travée du pont de Vichy se sont effondrées cette nuit.
D’après les nouvelles dépêches reçues de la Haute-Loire et de l’Allier, la crue sera beaucoup plus forte qu’on ne l’avait prévu. dans la nuit du 27, à 2h, la chute des 2 côtés du pont suspendu de Vichy s’est produite. Ces 2 culées sont celles qui soutenaient la 2ème travée. Personne n’a péri dans cet accident. L’eau de l’Allier n’avait plus en ce moment à Vichy que 1,80m de hauteur et elle baissait rapidement. Les dégâts sont très grands sur la rive gauche.

Pont suspendu de Vichy

Source Archives municipales de Vichy.

Le bulletin de prévision qui serait émis dans Vigicrues de nos jours :

  Le 28 septembre 1866 et les jours suivants

Poursuite de la décrue et du temps sec

Le journal de la Nièvre du 29 septembre écrit :

Les nouvelles de la Haute-Loire sont des plus satisfaisantes. Le fleuve rentre peu à peu dans son lit.

Il n’en est pas de même en Loire moyenne où la crue se propage ce jour.

La crue de l’Allier avant de disparaître complètement, a occasionné de nombreux dégâts

Au cours des cinq jours de crue on eut à déplorer la mort de plusieurs personnes et la perte de centaines d’animaux.

Les bulletins de prévision qui seraient émis dans Vigicrues de nos jours :

Présentation de la crue du 24 septembre 1866
Dégats de la crue du 24 septembre 1866
L’abeille Brivadoise du 29 septembre 1866
Mémoires de M. Le Curé Broussard

Source des 4 documents : étude DRE Auvergne de 1983 sur les crues de l’Allier